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Lumière sur l'invisible · Mai 2026
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Lumière sur l'invisible · Mai 2026

Mouvement des Femmes et Filles pour la Paix et la Sécurité au Burundi

En mai 2026 au Burundi, une femme était tuée, violée ou blessée tous les deux jours.

Dix-huit cas documentés. Cinq femmes tuées. Quatre fillettes violées. Des enfants brûlés et cachés. Aucune condamnation rendue. Le MFFPS publie ce que le gouvernement burundais refuse de compter.

Sources : Ligue ITEKA, SOS-Torture, ACAT-Burundi
18 Cas documentés
5 Féminicides
4 Mineures violées
6 Femmes blessées ou battues
3 Enfants victimes
0 Condamnations rendues

Elles ont des noms

A.N.35 ans P.N.60 ans, mère de 9 enfants N. S.67 ans C.M. N.I.13 ans D.I.12 ans L.I.15 ans une fillette7 ans Liesse10 ans un enfant11 ans un nouveau-né

C'est le genre de chiffre qui devrait arrêter une conversation. Dix-huit cas de violences graves contre des femmes, des filles et des enfants documentés en un seul mois, mai 2026, dans plusieurs provinces du Burundi. Et le chiffre qui suit immédiatement : zéro condamnation rendue.

Le 9 mai, le corps sans vie d'A.N., 35 ans, a été découvert à son domicile de la colline Mugutu, dans la province de Gitega. Elle vivait seule. Son corps était en état de décomposition avancé, elle était morte depuis plusieurs jours avant que quiconque ne la cherche.

Ce qui s'est passé ensuite dit tout sur ce que vaut une vie de femme au Burundi en 2026. Le corps a été inhumé le jour même. Sans autopsie. Sans procédure. Aucune enquête n'a été ouverte.

« Le corps avait été inhumé le jour même de sa découverte. Aucune enquête n'avait été ouverte. »

Bulletin MFFPS, mai 2026, Cas d'A.N., 35 ans

Trois jours plus tard, le 12 mai, c'est P.N. qui mourait. Soixante ans. Mère de neuf enfants. Son corps a été retrouvé au bord d'une route, à proximité d'un pont, sur la colline Maza. Elle avait plusieurs blessures au visage. Elle revenait chez elle. Les habitants de la région appellent toujours les autorités à enquêter.

Tuer sa femme. Recevoir des conseils.

Toutes les morts de mai 2026 ne sont pas des mystères. Certaines ont des auteurs. Des noms. Des hommes qui avaient décidé que la vie de leur épouse leur appartenait.

Le 25 mai, sur la colline Kanazi dans la zone Musigati, S. avait 67 ans. Son mari avait bu. Il a demandé à manger. Elle a dit qu'il n'y avait rien. Il a pris une machette. S. est morte sur le coup.

Quatre jours plus tard, le 29 mai, C.M. était tuée dans la zone Mabanda. Son mari, J.B.M., est soupçonné de l'avoir frappée à mort avec un gourdin. Les autorités « n'excluent pas » qu'il ait agi sous l'effet de l'alcool. Comme si l'alcool était une circonstance.

Commune Mwaro, province de Gitega — 17 et 18 mai 2026

Deux femmes battues par leur mari. Deux jours de suite. Au même endroit. La réponse des autorités ? L'administration locale leur a « prodigué des conseils » et leur a demandé de « privilégier le dialogue ». Aucune poursuite judiciaire dans les deux cas.

Ce n'est pas une défaillance du système. C'est le système. Un système où battre sa femme se règle avec une médiation administrative. Où tuer son épouse mène à une arrestation qui devient souvent une liberté provisoire. Où les tribunaux se taisent et où l'impunité parle à leur place.

Sept ans. Douze ans. Treize ans.

7 L'âge de la plus jeune victime de viol documentée en mai 2026. Elle a été emmenée dans une zone isolée par un homme de 25 ans. Il a été arrêté. Aucune condamnation n'a été rendue.

Il y avait aussi N.I., 13 ans, seule chez elle le 5 mai pendant que sa famille était aux champs. D.I., 12 ans, qui rentrait d'une boutique près de chez elle le 17 mai, quand des habitants ont entendu ses appels à l'aide. L.I., 15 ans, dans la zone Buruhukiro le 6 mai.

Quatre fillettes. Un mois. Plusieurs provinces. Dans chacun de ces cas, un suspect a été interpellé, c'est déjà plus que dans les cas de féminicides non élucidés. Mais une arrestation n'est pas une condamnation. Au Burundi, les procédures s'étirent, les dossiers disparaissent, les familles se fatiguent. L'impunité, ici, est un marathon.

Un enfant brûlé. Caché. Puis retrouvé.

Le 21 mai 2026, un enfant de onze ans a été brûlé au bras avec une tige métallique chauffée. Son père l'accusait d'avoir volé de l'argent et des légumes. Sa belle-mère assistait à la scène.

Après les brûlures, ils ont caché l'enfant. Deux jours. Ce n'est que le 23 mai que la réalité a été révélée, deux jours pendant lesquels un enfant de onze ans vivait avec des brûlures au bras, sans soins, caché par les adultes qui auraient dû le protéger.

Il avait onze ans. Une tige métallique chauffée. Puis ils l'ont caché deux jours. Les autorités ont annoncé des séances de sensibilisation.

Le père et la belle-mère ont finalement été arrêtés. La réponse institutionnelle ? Des séances de sensibilisation pour prévenir les violences envers les enfants. Pour un enfant torturé.

Le silence du gouvernement est une réponse.

Le gouvernement burundais ne publie pas de statistiques sur les violences faites aux femmes et aux enfants. Il ne commente pas les cas documentés par les organisations de la société civile. Il n'a pas répondu au rapport conjoint MFFPS-OMCT de décembre 2025, qui documentait plus de 200 violations en moins d'un an, dont 70 % de violences basées sur le genre.

Ce silence n'est pas une absence de réponse. C'est une réponse. C'est le signal envoyé à chaque mari qui bat sa femme, à chaque auteur de viol : vous ne risquez pas grand-chose. L'État ne vous cherchera pas.

Ce que nous demandons.

Le MFFPS ne publie pas ces cas pour alimenter une statistique. Il les publie parce qu'Anitha, S., Christine, Pétronie, et les enfants de 7, 10, 11, 12, 13 et 15 ans méritent d'être vus. Parce que nommer est déjà refuser l'oubli.

Aux autorités burundaises

Ouvrir une enquête pour chaque mort de femme, sans exception. Mettre fin aux règlements informels. Poursuivre les auteurs de violences conjugales. Protéger les enfants dans chaque commune.

Dix-huit cas. Un mois. Zéro condamnation.

Ce n'est pas une exception. C'est le Burundi en 2026.
Le MFFPS continuera à nommer. À documenter. À ne pas se taire.

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